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Mot du Moment

Pour nourrir notre foi

« Inviter Jésus dans nos jarres ».

« Il y eut des noces à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. » (Jn 2, 1-2). Il y a dans ce commencement du récit des Noces de Cana un détail que nous pourrions facilement négliger : Jésus avait été invité. Avant le miracle, avant l’eau transformée en vin, avant la joie retrouvée, il y a cette décision toute simple : quelqu’un a fait une place à Jésus. Et si cette parole devenait pour nous une manière de commencer cette nouvelle année pastorale ?

 

Inviter Jésus

Nous pouvons avoir beaucoup de projets, organiser de belles célébrations, multiplier les rencontres et développer de nombreuses activités. Tout cela est nécessaire. Mais l’Évangile nous rappelle une vérité plus fondamentale : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. » (Ps 126 [127], 1). La première question d'une communauté chrétienne n'est donc pas seulement : « Qu'allons-nous faire cette année ? » Elle est plutôt : « Quelle place allons-nous donner au Seigneur dans ce que nous allons faire ? » C'est précisément ce qui se passe à Cana. La fête a commencé, les invités sont présents, les serviteurs travaillent, les jarres sont là. Tout semble organisé. Pourtant, quelque chose d'essentiel vient à manquer :

« Ils n'ont pas de vin. » (Jn 2, 3)

 

Cette parole de Marie peut aussi éclairer notre vie. Il arrive que le « vin » manque dans nos familles : la patience diminue, le dialogue devient difficile, la fatigue s'installe, la prière disparaît peu à peu. Il arrive également que le « vin » manque dans une communauté : nous accomplissons beaucoup de choses, mais la joie s'affaiblit ; nous nous croisons sans véritablement nous rencontrer ; nous servons, mais nous pouvons oublier Celui pour qui nous servons. Marie ne condamne personne. Elle constate simplement le manque et le présente à Jésus. Voilà peut-être une première attitude spirituelle pour cette année : oser présenter au Christ ce qui nous manque. « Remplissez d'eau les jarres » Jésus donne ensuite aux serviteurs une consigne étonnamment simple : « Remplissez d'eau les jarres. » (Jn 2, 7)

 

Il ne leur demande pas d'aller chercher du vin ailleurs. Il commence avec ce qu'ils ont. C'est une parole d'espérance pour notre communauté. Nous avons parfois tendance à penser que nous pourrions faire davantage si nous avions plus de moyens, plus de bénévoles, plus de temps ou davantage de personnes disponibles. Mais Jésus nous dit en quelque sorte : « Apportez-moi d'abord votre eau. » Notre eau, ce sont nos talents, même modestes.

 

Notre eau, c'est le temps que nous pouvons donner. Notre eau, c'est une visite à une personne malade, un sourire à celui qui entre dans l'église, un café partagé, un enfant accompagné au catéchisme, une réunion préparée avec soin, une personne seule que l'on prend le temps d'écouter.

 

Saint Paul nous rappelle : « Il y a diversité de dons, mais c'est le même Esprit ; diversité de services, mais le même Seigneur. » (1 Co 12, 4-5) Personne n'a tout reçu, mais chacun a reçu quelque chose à offrir. Lorsque chacun apporte son eau, le Christ peut préparer le vin. Une communauté où chacun trouve sa place C'est aussi le sens de l'image biblique du corps : « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » (1 Co 12, 27). Dans une paroisse, personne ne devrait pouvoir dire : « Je ne sers à rien » ou « Je n'ai rien à apporter ».

 

Celui qui accueille sert le Christ. Celui qui chante sert le Christ. Celui qui visite un malade sert le Christ. Celui qui accompagne un enfant sert le Christ. Celui qui prépare le café sert le Christ.

Celui qui prie silencieusement pour la communauté sert aussi le Christ. Et Jésus nous donne lui-même la clé pour reconnaître sa présence dans les gestes les plus simples : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 40). Ainsi, la vie paroissiale ne se réduit plus à une succession d'activités. Elle devient un lieu de rencontre avec le Christ. De l'accueil à la fraternité. Cette année, nous voulons également grandir dans l'accueil. L'Écriture nous donne une parole particulièrement forte : « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. » (Rm 15, 7). Accueillir chrétiennement ne consiste pas simplement à dire bonjour.

 

Accueillir, c'est permettre à quelqu'un de comprendre : « Ici, tu as une place. » Dans une paroisse comme Saint-Bernard, marquée par la diversité des origines, des cultures, des langues, des générations et des parcours de vie, cette parole prend une force particulière.

 

L'Évangile nous appelle à passer de la coexistence à la communion. Nous pouvons célébrer dans la même église sans encore véritablement nous connaître. Nous pouvons nous asseoir chaque dimanche sur les mêmes bancs sans connaître le prénom de celui qui prie à côté de nous. Or Jésus dit à ses disciples : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » (Jn 13, 35). La fraternité n'est donc pas un supplément agréable à la vie chrétienne. Elle est un signe visible de l'Évangile. Nos familles aussi sont des « Cana » Le thème qui nous accompagnera cette année affirme : « La famille qui invite Jésus devient un lieu de joie. » Cela ne signifie pas qu'une famille chrétienne ne connaîtra jamais les difficultés.

 

À Cana précisément, il y a un problème. Inviter Jésus ne signifie donc pas vivre sans épreuves. Cela signifie ne pas traverser nos épreuves sans Lui. Nos maisons peuvent devenir des lieux où le Christ est invité : par une courte prière, par le pardon demandé et donné, par la Parole de Dieu, par un repas partagé, par l'attention aux plus fragiles. Josué disait au peuple : « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » (Jos 24, 15). Cette parole peut devenir une belle prière pour nos familles. « Faites tout ce qu'il vous dira ». Finalement, Marie prononce à Cana une seule consigne : « Faites tout ce qu'il vous dira. » (Jn 2, 5). Voilà peut-être le véritable programme pastoral. Avant nos calendriers, nos réunions et nos projets, il y a une question : Seigneur, que nous demandes-tu ?

 

Si nous apprenons à écouter cette question ensemble, alors nos activités deviendront progressivement mission, nos rencontres deviendront fraternité, nos services deviendront charité et nos célébrations deviendront davantage rencontre avec le Christ vivant. Nous n'avons peut-être que de l'eau à offrir. Mais à Cana, l'eau confiée au Christ est devenue le vin de la fête. Alors, en ce début d'année pastorale, n'ayons pas peur de remplir les jarres. Apportons au Seigneur ce que nous sommes : nos talents et nos fragilités, nos familles et nos solitudes, nos cultures et nos différences, notre disponibilité et même notre fatigue. Et laissons Jésus accomplir ce que Lui seul peut accomplir : transformer notre eau en vin nouveau et faire de notre communauté une maison où demeure la joie de l'Évangile. Pour méditer durant ce mois : « Jésus aussi avait été invité. » (Jn 2, 2). Et moi, dans quelle réalité de ma vie ai-je besoin d'inviter davantage Jésus aujourd'hui ?

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